PROTO-MATTHIEU

 

Hans-Martin Schenke publiait en 2001[1] le texte d’un papyrus copte (Codex Schøyen Ms 2650) contenant l’évangile de Matthieu qu’il date du début du quatrième siècle, contenant de nombreuses variantes par rapport au texte du Matthieu grec classique.

 

Cette traduction copte utilise un texte de Matthieu différent de celui fourni par le corps des manuscrits grecs actuellement disponibles et ces variantes sont soutenues par plusieurs autres témoins anciens de l’évangile de Matthieu.

 

Hans-Martin Schenke: «Il s’agit certainement de l’évangile de Matthieu qui est fidèlement suivi verset par verset, de Matthieu 5,38 jusqu’à la fin, mais le texte copte offre de très nombreuses variantes par rapport au Matthieu classique et ces variantes sont aussi importantes que celles qui existent, pour les Actes des apôtres, entre le texte Alexandrin et le texte dit Occidental.»

 

En l’analysant de l’intérieur, M.-É. Boismard O.P. a pu constater que le texte suivi par le papyrus copte n’est pas homogène mais comporte deux niveaux rédactionnels, un texte archaïque aurait été systématiquement complété d’après le texte matthéen classique et harmonisé sur lui.

 

Or ce texte archaïque n’est pas celui de Matthieu, mais celui d’une sorte d’harmonie évangélique dans laquelle le texte matthéen aurait été, assez souvent, remplacé par des textes plus ou moins parallèles repris des traditions johannique et lucanienne.

 

Alors d’où peux provenir cette harmonie évangélique contenue dans l’évangile de Matthieu?

 

Cette harmonisation n’est pas celle qu’a réalisée Tatien dans son Diatessaron mais il s’agirait d’une harmonie évangélique connue déjà de l’apologiste Justin vers 150.

 

Dans son livre: «Le Diatessaron: De Tatien à Justin[2]» M.-É. Boismard admet les deux faits suivants, rejoignant ainsi les hypothèses faites par William Lawrence Petersen, pour composer son Diatessaron, Tatien aurait utilisé et perfectionné une harmonie évangélique connue déjà de l’apologiste Justin; et l’harmonie médiévale anglaise dite de Pepys fait écho à cette harmonie utilisée par l’apologiste Justin.

 

Le niveau rédactionnel le plus ancien de cet évangile remonterait donc à la première moitié du deuxième siècle puisque Justin composait ses ouvrages vers 150. Cette hypothèse est confirmée par le fait que le texte du papyrus copte donne souvent un texte plus archaïque que celui du Matthieu grec classique.

 

Le papyrus copte date du quatrième siècle, la traduction du texte grec en copte doit donc nécessairement être antérieure; alors à quelle date fut complétée l’harmonie évangélique primitive pour la rendre plus conforme au Matthieu grec classique?

 

Le texte du papyrus copte contient une citation de la Pistis Sophia, œuvre attribuée au gnostique Valentin qui daterait du milieu du deuxième siècle. C’est donc au plus tôt à la fin du deuxième siècle que l’harmonie primitive aurait été remaniée en fonction du Matthieu classique. La première moitié du troisième siècle semble être pour M.-É. Boismard la date la plus probable. 

 

Mais alors à quand remonte l’harmonie primitive?

 

M.-É. Boismard: «Nous avons vu qu’elle offre souvent un texte meilleur que celui du Matthieu grec classique (voir Mt 5,38 ss). Nous avons vu également qu’elle supposait un substrat araméen. Ce sont les deux caractères essentiels du Matthieu sous sa forme la plus primitive, qui ne suppose aucune dépendance à l’égard de l’évangile de Marc. À chacun d’en tirer les conclusions qui s’imposent.[3]»



[1] DAS MATTHÄUS-EVANGELIUM IM MITTELÄGYPTISCHEN DIALEKT DES KOPTISCHEN (MANUSCRIPTS IN THE SCHØYEN COLLECTION, I. VOLUME I, COPTIC PAPYRI). Schenke, Hans-Martin. Oslo: Hermes publishing, 2001.

[2]  LE DIATESSARON: DE TATIEN À JUSTIN (ÉTUDES BIBLIQUES, NOUVELLE SÉRIE № 15). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 1992.

[3] L'ÉVANGILE SELON MATTHIEU D'APRÈS UN PAPYRUS COPTE DE LA COLLECTION SCHØYEN. ANALYSE LITTÉRAIRE (CAHIER DE LA REVUE BIBLIQUE № 55). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 2003. p. 221.