M.-É. Boismard O.P.

(1916-2004)

Le dominicain M.-É. Boismard O.P., homme apostolique né le 14 décembre 1916 à Seiches-sur-le-Loir (France), a été l'un des grands exégètes du vingtième siècle; il a marqué l'exégèse historico-critique et synchronique et influencé plusieurs générations d'étudiants et de chercheurs. Il fut successivement professeur du Nouveau Testament à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF) puis à l’Université de Fribourg et, de nouveau, à l’École biblique de Jérusalem où il demeura plus de 50 ans; jusqu’à son décès le 23 avril 2004.

 

En 1950, il participait à la traduction de la prestigieuse «Bible de Jérusalem» et en 1965, il publiait la «Synopse des quatre Évangiles» qui en est maintenant rendue à sa sixième édition (il composa environ 70% de cette synopse qui devint un modèle d’élégance et de clarté).

 

En 1984, il était nommé «Officier du Mérite National» par le gouvernement français, et en 1988, l’Université Leuven lui décernait sa plus haute distinction honorifique: un doctorat Honoris Causa (la distinction va au mérite scientifique: fondation d'une nouvelle discipline, découverte, enseignement important. Par cette distinction, l’Université Leuven s’associe à des hommes et des femmes œuvrant par la science, la culture, l'engagement, à une meilleure humanité).

 

M.-É. Boismard était convaincu que la version originale des évangiles était plus courte que la forme canonique disponible de nos jours. Grâce à d’anciennes versions des évangiles, d’anciens écrits des Pères de l’Église et aidé de la méthode historico-critique et synchronique en exégèse, il parvint à restituer les récits proto-évangiles.

 

Cet ouvrage est donc une compilation des récits des proto-évangiles restitués par feu l’exégète français M.-É. Boismard O.P.; et les noms des personnages évangéliques ont été translittérés à partir des formes les plus anciennes explicitées par l’étymologie.


On appelle Pères de l’Église les anciens dirigeants et penseurs chrétiens qui ont écrit au cours des décennies suivant l’époque des auteurs du Nouveau Testament. Les Pères grecs écrivaient en grec et les Pères latins écrivaient en latin. On appelle aussi Pères apostoliques les plus anciens d’entre eux, ceux des premier et deuxième siècle de notre ère.

 

Tous ces auteurs citent abondamment le Nouveau Testament, à tel point que plusieurs "critiques textuels" affirment même que, si tous les manuscrits grecs du Nouveau Testament étaient perdus, on pourrait néanmoins en reconstruire le texte dans sa totalité, rien qu’en recourant aux œuvres des Pères grecs.

 

Cependant, d’après l’introduction au «Texte officiel du Nouveau Testament» de Nestle-Aland, les citations des Pères de l’Église sont presque toutes extraites des éditions imprimées postérieures qui n’ont pas été analysées à la lumière des anciens manuscrits eux-mêmes. Comment peut-on alors vérifier qu’un passage donné se trouve bien dans les manuscrits les plus anciens?[1]

 

Nos éditions critiques modernes ont tort de négliger le témoignage des versions [des évangiles] et des Pères [de l’Église]; ou plus exactement, de n’accorder une attention au témoignage des versions et des Pères que dans la mesure où ceux-ci viennent corroborer le témoignage des manuscrits. C’est admettre à priori le principe que toute leçon qui n’est pas attestée au moins par quelques manuscrits grecs doit être rejetée. Peut-être la "Critique Textuelle" pourrait-elle se dégager de l’impasse où elle semble arrêtée en ce moment, si elle arrivait à se libérer de ce préjugé.[2]

 

Pratiquement toutes les traductions du Nouveau Testament que l’on trouve dans les Bibles modernes – de la «New Revised Standard Version» (NBSV) à la «New International Version» (NIV); de la «Catholic New American Bible» (NAB) à la «Contemporary English Version» (CEV) – reposent sur les décisions prises à l’institut de recherche textuelle du Nouveau Testament de l’Université de Münster en Allemagne; fondé en 1952 par l’exégète allemand Kurt Aland (1915-1994). Celui-ci travaillait avec un autre érudit allemand, Eberhard Nestle, à la publication d’une édition du Nouveau Testament en grec: le «Novum Testamentum Græcum» de facto devenu progressivement le «Texte officiel du Nouveau Testament.»

 

Aujourd’hui le texte «Nestle-Aland» en est à sa vingt-huitième réédition (NA28 en abrégé) et c’est lui que l’on trouve dans l’édition des «United Bible Societies» (UBS), utilisée par la plupart des traducteurs modernes de la Bible.[3]

 

Le texte officiel du Nouveau Testament ne repose donc pas sur les jugements du pape à Rome, ou du Conseil œcuménique des Églises, ou du Synode des évêques de l’Église luthérienne, mais sur ceux de 5 ou 10 obscurs érudits internationaux en Allemagne.



[1] Enquête sur le Jésus historique. Hutchinson, J.R. Paris: Éditions Salvator, 2017. p. 110 et 111.

[2] Un évangile pré-johannique. I. Jean 1,1-2,12. Boismard, M.-É. et Lamouille, A. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 17 et №  18). Paris: Gabalda, 1993. p. 7 et 8.

[3] Enquête sur le Jésus historique. Hutchinson, J.R. Paris: Éditions Salvator, 2017 p. 102.

BIBLIOGRAPHIE: 

UN ÉVANGILE PRÉ-JOHANNIQUE. I. Jean 1,1-2,12. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 17 et №  18). Boismard, M.-É. et Lamouille, A. Paris: Gabalda, 1993.

UN ÉVANGILE PRÉ-JOHANNIQUE. II. Jean 2,13-4,54. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 24 et № 25). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 1994.

UN ÉVANGILE PRÉ-JOHANNIQUE. III. Jean 5,1-47. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 28 et № 29). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 1996.

L’ÉVANGILE DE MARC: SA PRÉHISTOIRE. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 26). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 1994.

EN QUÊTE DU PROTO-LUC. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 37). Boismard, M.-É. Paris: Gabalda, 1997.

ACTES DES DEUX APÔTRES. I. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 12). Boismard, M.-É. et Lamouille, A. Paris: Gabalda, 1990.

LE TEXTE OCCIDENTAL DES ACTES DES APÔTRES. (Études Bibliques, Nouvelle Série № 40). Boismard, M.-É. et Lamouille, A. Paris: Gabalda, 2000.